mardi 15 juin 2010

Crime et châtiment

Il faut croire que la mort et la nature humaine sont des questions d'actualité au vue des deux expositions phares du printemps, "C'est la vie!" (Vanités) au musée Maillol et "Crime et châtiment" au musée d'Orsay. La première était plutôt anecdotique même si certaines oeuvres valaient vraiment le déplacement, notamment les plus anciennes.
Bien plus intéressante "Crime et châtiment" nous dévoilent l'attraction des artistes pour le côté le plus noir de l'humanité.
Elle commence par les meurtres mythologiques comme Abel et Caïen, puis se déplace sur les faits divers, galvanisée par la série de décapitation qui fleurira après la révolution et à l'ouverture des procès au public.
L'artiste s'empare alors d'affaires, par fascination (la tête décapitée est une image récurrente) ou à des fins politique comme David avec son célèbre "Marat" ou Victor Hugo dans son combat contre la peine de mort.

Car oui l'artiste s'intéresse au crime mais aussi à sa réponse souvent aussi sordide.
Se retrouver face à une vraie guillotine recouvert d'un voile noir laisse tout sauf indifférent.

L'image du crime s'empare par la suite de la presse, jouant au maximum sur l'imagination et le fantasme.
Un mur entier nous présentait des histoires sordides, la plus rocambolesque restant l'affaire Troppmann, une famille entièrement décimée pour l'appât du gain, dispersée dans 3 charniers que l'on découvrit par épisodes.
Et bien pour avoir lu les articles je peux vous assurer qu'ils avaient l'art et la manière de vous faire frémir, n'hésitant pas à dévoiler des détails macabres.

Les couvertures du "Petit Journal" et de "L'oeil de la police" ne sont pas en reste dans le spectaculaire.
Un autre aspect très intéressant est abordé au sujet de l'anthropologie criminelle et de l'aide de la science pour résoudre ces affaires.
La scène de crime commence à prendre son importance avec ces photos effroyables de victimes (à la limite de la photo d'art pour certaines).

Nous découvrons également les débuts du portrait robot qui ira jusqu'à trouver les caractéristiques physiques propres aux criminels.

Et c'est là que je suis surprise de voir "La petite danseuse de Degas" au milieu des masques en cires de tueurs.
Je connais surtout cette oeuvre pour son aspect précurseur, Degas utilisant pour la première fois des matériaux dit non noble comme le tissu du ruban dans les cheveux ou le vrai tutu.
Mais le propos de l'artiste était bien éloigné de cela.
A l'époque il s'intéressait aux rapprochement des traits animaliers du visage humain à la nature criminelle.

Il semble avoir voulu dans ce portrait de Marie Van Goethem faire ressortir la pureté avant le vice de cette gamine pauvre donc la mère se prostituait et qui ne manqua pas de suivre son chemin, comme si cela était écrit sur son visage. Pour accentuer l'effet elle fut même présentée dans une vitrine de muséum tel un spécimen.

Drôle d'époque tout de même.

L'exposition se termine sur l'art des fous, passant des artistes qui furent emprisonnés aux prisonniers se découvrant un certain talent artistique, sans oublier la fascination des Surréalistes pour le crime et le viol.


Une belle exposition très enrichissante et qui à la fois laisse passer un message humaniste contre la peine de mort.
Son aspect voyeuriste ne m'a pas échappé, mais il faut croire que nous sommes toujours autant fascinés par le morbide que les hommes et les femmes du 19ème siècle qui allaient sans dégoût aucun se promener à la morgue publique pour admirer les cadavres.
Et ce n'est pas le couple que j'ai entendu s'extasier devant la photo d'un cadavre qui m'en dissuadera et je vous assure ce n'était pas des gothiques.

Attention l'exposition se termine le 27 juin!
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