jeudi 20 septembre 2012

Journées Européennes du patrimoine 2012 ♦ Manufactures des gobelins + bonus



Ce week-end se tenaient les Journées Européennes du Patrimoine. L'année dernière j'avais visité le show-room de Tassinari et Chatel et son incroyable collection de tissus plus beaux les uns que les autres.

Cette année je suis restée dans le thème du textile d'exception en visitant avec ma copine Perrine les manufactures nationale des Gobelins-Beauvais-Savonnerie qui réalisent des tapis et tapisseries à la main selon diverses techniques, ainsi que de la restauration.
 Ici les manufactures appartiennent à l'état (contrairement à Aubusson où les ateliers sont privés), les commandes réalisées sont donc destinées à enrichir les collections du mobiliers nationales pour décorer bâtiments officiels, ambassades ou autres lieux de l’appareil d'état. C'est ce qui leur permets de survivre et de transmettre à d'autres générations ces techniques anciennes et prestigieuses. 
Les lissiers peuvent travailler à partir de maquettes anciennes mais aussi d’œuvres d'artistes contemporains qui sont soigneusement choisies.

Je connais pratiquement par cœur la tapisserie basse-lisse d'Aubusson grâce à ma mère dont c'était le métier, j'ai d'ailleurs visité dernièrement le musée et les expositions de cette ville, et j'avais vraiment envie d'approfondir mes connaissances sur le sujet si vaste de la tapisserie.

Au fil de la visite des souvenirs de petite fille me revenaient, j'ai eu cette chance de gambader dans de tels ateliers, de voir de vieilles tapisseries se faire refaire une beauté en me disant que c'était bien vieillot ces dessins ou d'admirer toutes ces couleurs de laine qui formaient des arc-en-ciels devant mes yeux. Même si je voulais m'en défaire je ne pourrai pas, j'ai la laine, la chaîne et la trame dans le coeur et dans le sang.

Je ne cacherai pas que ce fut émouvant pour moi de voir ces lissières au travail, cela me manque tant.

Bref passons sur ce moment de nostalgie et commençons la visite!

 


La visite débute par l'exposition temporaire "Nicolas Poussin et Moïse, histoires tissées" avec de monumentales tapisseries. C'était assez passionnant de pouvoir comparer le carton (l'oeuvre peinte servant de modéle) et la traduction en textile qu'est la tapisserie.
Nous avons longtemps admiré cette scène aquatique avec ses magnifiques reflets d'eau.

Coup de cœur aussi pour les fleurs "peintes" des fauteuils et du canapé d'après Raoul Dufy présents dans l'exposition du Salon Carré.
Je suis toujours autant fascinée par cette capacité à retranscrire la touche du pinceau.



Nous découvrons ensuite la restauration des tapisseries anciennes où de patientes dames comblent les trous laissés par la disparition des fils de trame ou de chaîne. Elles tissent à l’aiguille avec leur œil expert pour retrouver la bonne couleur de laine.



Nous continuons avec l'atelier de haute-lisse, les métiers sont ici à la verticale et les flûtes (bobines de fils) que je connais s'appelle ici des broches et possèdent une sorte de fuseau à leur extrémité.

Une lissiére adorable nous a raconté son travail préparatoire et le dialogue qu'elle a avec l'artiste dont elle va réaliser l’œuvre.
Il est important de rappeler qu'une tapisserie mets souvent plusieurs années à être réalisée.


 

Un petit passage au soleil dans les magnifiques cours des Gobelins.

 

Un petit aperçu ensuite de la restauration des tapis qui se fait en deux étapes, l’arrière (l'armure) et le devant (le velours) avec des méthodes très différentes.
Il faut encore ici l’œil d'expert en couleurs du restaurateur pour faire son choix parmi une très large gamme colorée.

J'ai tout de suite reconnu ce tapis d’après Jean Lurçat, un des grands noms d'Aubusson.

 

Nous voilà face aux métiers de la Savonnerie (identique à la haute-lisse) qui servent à réaliser des tapis moelleux à souhait.
Ici contrairement à la tapisserie on travaille à l'endroit en réalisant des boucles et des points noués que l'on taillera pas la suite pour créer le velours.
Autant vous dire qu'il s'agit encore d'un travail de titan avec des finitions assez longues à réaliser.

Nous avons bien craqué sur les petits pompons nuanciers.



 Me voilà en terrain plus connu avec la basse-lisse de la manufacture de Beauvais, je m'imaginais que c'était surement la même chose et oh surprise je découvre pleins de petits aspects différents dans le matériel notamment.
 Les métiers sont essentiellement en métal et n'ont donc pas les mêmes sons que ceux en bois que je connais, les flûtes n'ont pas leurs bouts arrondis mais taillés en pointes etc...etc...
Je sais ce ne sont que des détails mais c'est tellement surprenant,comme un jeu des sept erreurs!

La technique est elle par contre vraiment semblable et nous avons été tout autant admirative devant leur travail impeccable.
Je pense notamment aux trois lissiéres qui réalisent des panneaux d’après une peinture à base d'empreintes d'objets qui s’entremêlent en transparences et en textures variées, un travail de fou (10 mois pour faire une dizaine de centimètre je vous laisse juger).


 

Ce qui ne change pas non plus c'est de ranger ses flûtes dans des boîtes de gâteaux recyclés. Dans l'atelier de ma mère c'était des boîtes de madeleines Bijou (ceux qui viennent du Limousin se reconnaitront en principe).
Je trouve ce détail adorable.

   

Et voilà il est temps de rentrer, fin de la visite!
 J'y retournerai bien l'année prochaine rien que pour voir l'avancée de certaines tapisseries et me replonger dans l’atmosphère des ateliers.



+BONUS
J'ai aussi profité des journées du patrimoines pour visiter des endroits insolites difficilement accessible en temps normal.



Commençons par le collège des Écossais: en passant ses portes nous nous retrouvons en terre britannique.

La France et l’Écosse c'est une grande histoire d'amour (voir la Auld Alliance) et ce lieu en est la preuve. Mes supposées origines écossaises doivent d'ailleurs venir de ce traité et du rapprochement entre les deux pays.
On y retrouve, notamment dans la chapelle, des traces des rois Jacques II et Jacques III avec ses dalles funéraires ou encore les monogrammes décoratifs de Saint Andrew patron des Écossais.

Le collège avait pour vocation d'accueillir et d'éduquer de jeunes écossais.
Aujourd'hui il est devenu une école maternelle catholique.

Inutile de dire que je suis amoureuse de ces Memento Mori.





Autre visite insolite: nous nous sommes glissés dans les sous-sols d'une poste pour découvrir l'arche de l'enceinte de Philippe Auguste qui laissait passer un bras de La Bièvre, une rivière qui coulait jadis dans Paris et qui a été petit à petit enseveli.
C'est comme un vestige dans un bocal!

Paris cache beaucoup de choses et je me fais un jeu de les dénicher.
Vivement l'année prochaine!

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2 commentaires:

Mimii a dit…

Encore une fois, je suis impressionnée par ton article ! Tu connais beaucoup de choses sur la tapisserie (entre autre), c'est très instuctif :) du coup, l'an prochain, tu m'emmènes avec toi ? ;)

gabrielle aznar a dit…

Et encore j'ai fait "court" pour être pas trop ennuyeuse! ;)
Bah le textile c'est mes études, c'est mon enfance donc c'est normal pour moi, mais c'est surtout passionnant!

Rendez-vous pris pour l'année prochaine avec plaisir! :)